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21 août 1944
...Tout à coup un bruit se
répand dans le village : « les Américains sont là
! ». De loin, on entend une sorte de grondement, c’est le vacarme
que font les engins sur les pavés de Bruyères. Toute la population
accourt.
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Nous qui en étions restés
aux attirails de la guerre de 1914, nous sommes ébahis de voir ces
équipements lourds et impressionnants. Ce n’est pas possible, ils
sont tombés d’une autre planète !
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Première réaction,
les drapeaux sont hissés aux fenêtres. Le Père Moessmer,
curé de Bruyères, Alsacien de naissance, carillonne à
toute volée.
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Parfois, la colonne s’arrête.
On cherche dans sa mémoire quelques mots d’anglais qui sont restés
des années d’école, pour parler à ces hommes inconnus
qu’on ne reverra plus jamais mais qui nous apportent la liberté
peut-être au prix de leur vie, et l’espoir du retour des absents.
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On va chercher au jardin quelques
fruits qui leur sont distribués. En retour ils lancent du chocolat,
des cigarettes, du chewing-gum.
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La soirée venue, chacun
rentre chez soi le cœur léger. Mais les Allemands n’ont pas
dit leur dernier mot. Ils sont regroupés sur la colline vers Ollainville
et échangent des tirs avec les Américains cantonnés,
eux, dans la côte de la Villette.
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Terrés dans les caves, les
habitants qui se trouvent entre les deux camps, voient passer au-dessus
d’eux, pendant une partie de la nuit, les projectiles qui s’échangent.
Enfin tout se calme.
La colonne reprend sa marche le
lendemain matin, et les jours suivants.
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La guerre n’est pas terminée
pour autant. Il faut continuer d’avancer vers l’est et cela prendra
encore des mois avant que tout soit fini.
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Mais cela est une autre histoire...
Monique Berhuy
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